Objectif
Accorder de l’importance aux voix et aux savoirs marginalisés en créant des conditions sécuritaires pour que les gens puissent s’exprimer, et ce, en reconnaissant les savoirs des élèves, des familles et des membres du personnel méritant l’équité comme étant essentiels à l’analyse. Adopter une attitude antiraciste en nommant les injustices, en refusant la neutralité dans l’interprétation des données et en remettant en question les dynamiques de pouvoir qui façonnent les données et leur lecture, et ce, en recherchant les causes premières et en ne se limitant pas aux constats. Déterminer les origines, sur le plan systémique, des inégalités (politiques, normes, pratiques institutionnelles). Maintenir une conscience critique des barrières en gardant son attention sur les exclusions possibles dans les processus d’interprétation et en adaptant les méthodes pour garantir à toutes les personnes une participation équitable et inclusive.
L’analyse des données en matière d’équité, de diversité, d’inclusion et d’accessibilité (EDIA) ne peut être un exercice solitaire ou réservé à quelques personnes en position de pouvoir. Elle doit être collective, participative et ancrée dans les réalités vécues. Pour que les données servent réellement à transformer le système scolaire, il est essentiel d’impliquer activement les élèves, les familles, le personnel scolaire et les partenaires communautaires dans leur interprétation et dans la définition des actions à entreprendre. Ce processus crée les conditions d’une transformation authentique qui se fait en collaboration.
Co-interpréter les données avec les communautés concernées
Les données ne sont jamais neutres. Leur signification émerge dans le dialogue, le croisement des perspectives et l’examen critique des dynamiques du système scolaire qu’elles révèlent ou dissimulent. Une interprétation authentique et inclusive exige d’accorder de l’importance aux voix et aux savoirs marginalisés, de se poser des questions au sujet des causes premières des écarts observés et de reconnaître les barrières qui entravent la participation équitable des personnes au processus.
Co-interpréter les données, c’est aussi adopter une attitude antiraciste en nommant les injustices au lieu de les atténuer, en refusant les lectures neutres ou technocratiques des écarts et en déconstruisant les rapports de pouvoir qui influencent le choix de ce que qui est vu, entendu ou retenu. Cela implique de maintenir une conscience critique des obstacles systémiques, liés à la participation, qu’ils soient linguistiques, culturels, émotionnels, organisationnels ou relationnels, ainsi que d’adapter les méthodes d’interprétation pour favoriser une participation juste et sécuritaire de toutes les personnes.
Les mises en situation présentées ci-dessous sont des exemples de co-interprétation de données.
Organisation de cercles de dialogue, de cafés communautaires ou de forums d’interprétation en collaboration
Exemple :
Un conseil scolaire organise un forum communautaire trilingue (français, anglais, arabe) pour présenter les résultats d’un sondage portant sur le climat scolaire. L’événement est structuré de manière inclusive (repas offert, halte-garderie, animation facilitée) et est centré sur les familles nouvellement arrivées. Les réactions des familles au sujet des données sont écoutées avec attention et intégrées à des recommandations concrètes pour améliorer le sentiment de sécurité et d’appartenance à l’école.
Le forum contribue à donner une place aux voix marginalisées, puisqu’il valorise l’expertise des familles nouvellement arrivées, ainsi qu’à avoir une conscience des barrières, car la logistique et le format de la rencontre favorisent une participation véritable.
Mise sur pied de groupes de consultation récurrents
Exemple :
Une école secondaire forme un comité consultatif composé d’élèves 2ELGBTQIA+, de membres du personnel et de la direction. Ensemble, le groupe analyse les résultats d’un sondage portant sur le sentiment d’inclusion. Le groupe détermine les causes systémiques (par exemple, invisibilisation dans le curriculum, application discriminatoire du code vestimentaire) et propose des stratégies concrètes (par exemple, création d’un espace sécuritaire, sensibilisation du personnel scolaire, révision de politiques scolaires).
Le comité consultatif contribue à chercher les causes premières de l’exclusion en creusant dans les racines du système scolaire. Il adopte une attitude antiraciste afin de remettre ouvertement en question les normes scolaires.
Recours à des personnes intervenantes communautaires ou à des services d’interprétation culturelle
Exemple :
Devant des taux de suspension disproportionnés chez les élèves autochtones, une école collabore avec une personne aînée ainsi que la personne leader en éducation autochtone. Ce duo coanime des rencontres d’interprétation avec les familles et aide à contextualiser les données dans une perspective autochtone. Les discussions révèlent qu’il y a, dans certaines pratiques disciplinaires, des enjeux de relation, de respect des savoirs culturels et de discrimination implicite.
Le recours à des personnes intervenantes communautaires ou à des services d’interprétation culturelle contribue à accorder de l’importance aux voix marginalisées, à intégrer les expertises culturelles dans l’interprétation des données et à maintenir une conscience critique des barrières. La présence de spécialistes de la médiation facilite une communication respectueuse.
Adoption d’une attitude d’humilité et d’écoute active
Exemple :
Une direction constate la faible participation des familles noires dans les processus décisionnels de l’école. Elle invite plusieurs parents à une rencontre informelle, leur offre un espace pour s’exprimer au sujet de leurs expériences, écoute sans interrompre ni se justifier, puis revient vers les parents en formulant des propositions concrètes pour valider et bonifier les pistes d’action (par exemple, modification des horaires de rencontres, communication plus accessible, création d’un comité représentatif).
L’adoption d’une attitude d’humilité et d’écoute active donne l’occasion à la direction de prendre une position antiraciste en reconnaissant son rôle dans les dynamiques d’exclusion. Elle accorde une place de choix aux voix marginalisées en favorisant une écoute active et humble, sans être sur la défensive.
Les exemples de co-interprétation de données présentés aident non seulement à éviter des interprétations erronées ou réductrices, mais aussi à tracer des pistes d’action enracinées dans la réalité que vivent les élèves, les familles et le personnel scolaire méritant l’équité. Autrement dit, la co-interprétation de données transforme la lecture des données en levier de justice relationnelle et structurelle.
Une attitude de coresponsabilité
Comme le soulignent Safir et Dugan dans le livre Street Data: A Next-Generation Model for Equity, Pedagogy, and School Transformation (2021), la co-interprétation des données est un acte politique et relationnel. Elle contribue à redonner du pouvoir aux personnes méritant l’équité et à ancrer les décisions dans une compréhension « vivante » des données de terrain.
La participation et l’interprétation des données en collaboration sont au cœur d’un leadership équitable, car cela incite à agir avec et non pour les personnes et les groupes qui sont directement concernés.
Déterminer les effets réels des initiatives liées à l’EDIA en fonction des concepts
Il ne suffit pas d’adopter une politique ou de mettre en place une initiative. Il faut vérifier si ces actions ont une répercussion réelle et significative. Trop souvent, les effets sont mesurés en surface (par exemple, le nombre de formations suivies) sans observer les transformations concrètes.
Mesurer la répercussion réelle d’une initiative axée sur l’équité, la diversité, l’inclusion et l’accessibilité (EDIA) demande d’aller au-delà des intentions ou des apparences pour observer des transformations concrètes et vérifiables dans la vie quotidienne de la communauté scolaire. Cela nécessite une combinaison d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs analysés avec rigueur et sensibilité, ainsi qu’une implication active des parties prenantes dans ce processus.
Déterminer les effets réels des initiatives liées à l’équité, à la diversité, à l’inclusion et à l’accessibilité (EDIA) exige un changement de regard. Il ne s’agit plus de rendre compte d’actions posées, mais d’en évaluer la portée vécue et perçue par les personnes concernées. En combinant rigueur analytique, écoute sensible et implication des communautés méritant l’équité, les milieux scolaires peuvent valider ou réorienter leurs démarches de transformation. Mesurer la portée de ces démarches, c’est avant tout s’assurer que chaque geste posé rapproche concrètement l’école de sa mission axée sur l’équité, l’inclusion et la justice sociale.