Vision transformationnelle de l’évaluation

Objectif

Faire de l’évaluation un levier de justice sociale, en dépassant la logique de conformité, pour remettre en question les systèmes d’oppression, valider les transformations vécues et accompagner les personnes dans les démarches de réparation. Adopter une attitude de vulnérabilité individuelle et organisationnelle en acceptant de s’exposer à ce que les données révèlent, même lorsque cela dérange, remet en question des pratiques ou met en lumière des injustices ignorées ou perpétuées. S’engager dans l’inconfort individuel et collectif en accueillant les émotions, les tensions et les résistances comme étant des éléments essentiels d’un processus d’apprentissage et de changement réel – non pas comme des obstacles à éviter, mais comme des marqueurs d’un changement en cours.

Mesurer la transformation

L’évaluation transformationnelle déplace un regard axé sur la conformité vers la portée réelle des actions. Elle cherche à comprendre la façon dont les initiatives transforment les expériences vécues, les pratiques professionnelles, les cultures organisationnelles et les structures du système scolaire. Elle ne s’arrête pas à la présence de politiques ou à la tenue de formations, mais elle pose des questions telles que : « Qu’est-ce qui a véritablement changé dans le vécu des élèves, du personnel et des familles méritant l’équité? ». 

Cette approche exige de nommer les injustices persistantes et de reconnaître les progrès, mais aussi de déceler les manques et les résistances. Elle repose sur des indicateurs transformationnels.

Indicateurs qualitatifs : témoignages d’élèves qui ressentent une meilleure compréhension de leur réalité, récits du personnel ayant changé de posture, perception d’une amélioration du climat scolaire

Indicateurs quantitatifs désagrégés : diminution des écarts de suspension, amélioration des taux de réussite selon le genre, la race, l’identité sexuelle ou les handicaps

Indicateurs structurels : intégration de critères liés à l’équité, à la diversité, à l’inclusion et à l’accessibilité (EDIA) dans les embauches, l’adaptation des pratiques disciplinaires et les politiques de représentation équitable

Indicateurs relationnels : dialogue de qualité entre les directions et les familles, développement de liens de confiance

Ce travail de mesure exige d’adopter une attitude de vulnérabilité, c’est-à-dire d’accepter ce que les données révèlent, même lorsqu’elles dérangent ou obligent à confronter les pratiques existantes. C’est un processus qui demande du courage sur le plan éthique et un engagement dans l’inconfort, car les véritables transformations remettent en cause des habitudes enracinées et des dynamiques de pouvoir.

S’appuyer sur les principes du leadership transformatif pour guider l’évaluation

Afin de soutenir cette approche d’évaluation en justice sociale, il est utile d’adopter les huit principes du leadership transformatif qui offrent un cadre cohérent pour observer, analyser et accompagner le changement. Pour comprendre davantage ces principes et explorer des exemples concrets de leur mise en œuvre, consulter Les huit principes du leadership transformatif (Le Centre franco).

Faire de l’évaluation un levier d’apprentissage collectif et équitable

Loin d’une logique punitive ou d’une simple reddition de comptes, l’évaluation devient un moteur d’apprentissage professionnel, organisationnel et communautaire. Elle crée les conditions pour réfléchir ensemble aux résultats, reconnaître les efforts et s’engager dans des changements continus. 

L’évaluation repose sur les actions suivantes :

Créer des espaces sûrs de dialogue au sujet des constats, dans lesquels les émotions, les tensions et les résistances sont accueillies comme étant des éléments normaux et nécessaires à la transformation. 

Inclure les voix des personnes concernées dans le processus évaluatif, soit celles des élèves, des familles, des membres du personnel, et en particulier celles des personnes qui vivent la discrimination systémique. 

Soutenir la coconstruction de solutions à l’aide des constats, en ancrant les changements dans les réalités locales et les dynamiques spécifiques de chaque école ou communauté.

Les questions clés présentées ci-dessous soutiennent un cycle itératif et dynamique dans lequel l’évaluation ne marque pas la fin d’un projet, mais alimente le processus vivant d’une transformation, ancrée dans l’équité et le bien commun.

Dans une perspective transformatrice, évaluer devient un acte de justice et d’humanité. Il ne s’agit pas seulement de mesurer ce qui a été fait, mais de comprendre la façon dont cela a été vécu, de déterminer les personnes ou les groupes visés et d’en connaître les conséquences. C’est un processus exigeant, ancré dans l’écoute, la lucidité, la réparation et l’espoir. C’est aussi un processus vivant au service de l’apprentissage collectif et de la transformation équitable des systèmes éducatifs.